Das Unheimliche

selon Wikipedia

L’inquiétante étrangeté

L’inquiétante étrangeté (Das Unheimliche en allemand) est un concept freudien. L’essai, paru en 1919 et traduit en français par Marie Bonaparte, analyse le malaise né d’une rupture dans la rationalité rassurante de la vie quotidienne. Cependant, d’après sa correspondance avec Sándor Ferenczi dans une lettre daté du 12 mai 1919, Freud déclare avoir exhumé un vieux travail. Les notes en bas de page indiquent que son ouvrage Totem et Tabou était déjà paru. On ne connait pas la date exacte de cette première version.

Le premier à avoir analysé ce concept est Ernst Jentsch, auteur de Zur Psychologie des Unheimlichen en 1906. Celui-ci décrit le concept comme le doute suscité soit par un objet apparemment animé dont on se demande s’il s’agit réellement d’un être vivant, soit par un objet sans vie dont on se demande s’il ne pourrait pas s’animer. Par ailleurs, il favorise sa diffusion dans la fiction. Pour lui, l’écrivain romantique allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann utilise cet effet dans son œuvre, particulièrement dans L’Homme au sable, où il met en scène une poupée douée de vie, Olympia.

Le concept est réélaboré en 1919 par Freud, qui lui donne une certaine notoriété en l’intégrant à l’édifice théorique de la psychanalyse. Comme Jentsch, il fonde son analyse sur L’Homme au sable d’Hoffmann, qu’il présente comme « le maître incomparable de l’unheimlich en littérature ».

L’inquiétante étrangeté est la traduction de l’allemand unheimlich. Heimlich a plusieurs significations. C’est d’abord ce qui fait partie de la maison (häuslich), de la famille. Cela concerne l’intimité, une situation tranquille et satisfaisante. Heimlich est aussi synonyme de dissimulation, de secret, de peu sûr ou même de sacré. La pièce heimlich de la maison correspond aux WC, un art heimlich s’apparente à de la magie. Un- est un préfixe antonymique, Unheimlich est le contraire de heimlich, au sens premier comme au sens second. En effet, il peut correspondre à une situation mettant mal à l’aise, qui suscite une épouvante angoissée ; et à un secret divulgué, qui est sorti de l’ombre alors qu’il devait rester confidentiel. Freud suppose alors (à partir de cas clinique d’obsessionnels ainsi que de la littérature) que l’origine de l’inquiétante étrangeté correspond au retour du même, du semblable. Cet essai, inscrit dans la première topique freudienne, avant le remaniement de sa pensée que constitue la seconde topique, montre que le refoulement d’une représentation laisse libre un affect qui se transforme en angoisse (c’est le refoulement qui provoque l’angoisse). Le retour du refoulé, qu’il soit traumatique ou non, se voit chargé de l’angoisse. Il distingue aussi une seconde forme d’inquiétante étrangeté, celle qui émane de complexes infantiles refoulés (complexe de castration, fantasme du sein maternel…).

Recueil de nouvelles

Sigmund Freud : "L’inquiétante étrangeté et autres essais". Paris, folio essais, 1985. Hanania Alain Amar : Inquiétante étrangeté et autres récits. Paris, L’Harmattan, 2002.

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